Voiture propre, bonus écologique, gamme « ECO2  » : ce qu’on ne nous dit pas

de | 20 mai 2010
Un arbre dans une voiture

Source : Flickr

La course à qui émettra le moins de CO2 est engagée. Les consommateurs sont encouragés à acheter des voitures qui émettent moins de dioxyde de carbone. Une prime a même été mise en place pour ça : le bonus écologique.  120 grammes / km, c’est aujourd’hui ce qu’émettrait, selon les constructeurs, une « petite citadine ». Et hop, on y colle un bonus écologique et un joli logo vert opportunément nommé par Renault la gamme « eco2 ».

Dans ce contexte, on peut se poser deux questions :  120 grammes de CO2 par kilomètre, ça représente quoi?  Et une voiture, ça n’émet que du CO2?

120 grammes au km, en équivalent respiration

Première chose : ce sont les constructeurs qui réalisent les mesures d’émissions de CO2, dans des conditions qui sont généralement bien éloignées des conditions réelles de conduite. Ce dernier point, c’est l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie – organisme public) elle-même qui le confirme implicitement.  L’agence publique nous informe que c’est l’UTAC (Union Technique de l’Automobile, du Motocycle et du cycle), organisme privé financé par les constructeurs, qui élabore ces mesures. Les contrôles sont effectués par les constructeurs : c’est l’exemple parfait du juge et partie… Malgré une jolie déclaration d’intention sur son site, on ne peut que penser à un formidable conflit d’intérêt.

Désormais, les publicités nous parlent comme une évidence de grammes de CO2 au km. Mais sans moyen de comparaison, difficile d’évaluer l’impact d’un kilomètre de conduite.

Un être humain émet chaque jour environ 1 kg de CO2 par sa respiration. Grosso modo, cela équivaut à 8 km de parcourus chaque jour avec une « petite citadine » (120 grammes de CO2 par kilomètre).

Si on compare cela sur une échelle temporelle, un être humain relâche environ 0,7 grammes de dioxyde de carbone par minute. A 120 km/h, notre « petite citadine » émet 240 grammes sur le même laps de temps (toujours selon les normes constructeurs). Quand vous roulez sur autoroute au volant de votre Twingo, votre voiture émet à chaque instant environ 340 fois plus de CO2 que vous. 3 heures d’émissions de CO2 par une voiture équivalent à 42 jours de respiration.

On est en droit de ce demander à partir combien de jours d’ « équivalent respiration » une voiture peut être estampillée « écologique ».

Une voiture, ce n’est pas que du CO2

Oublions un instant le CO2. Passons outre le coût environnemental de la production et de la destruction d’une voiture, en terme d’énergie pour fondre les composants, les importer, les assembler,…  En terme d’émissions au jour le jour, une voiture, c’est aussi, par exemple, des émissions de dioxyde d’azote. Ce dernier, en petite quantité, provoque une irritation des voies respiratoires. A plus haute dose, il peut provoquer un œdème aigu du poumon, voire la mort. Passons sur les autres rejets liés à la combustion, avec tous de jolis petits noms : monoxyde d’azote, monoxyde de carbone, et d’autres polluants qui eux, sont non réglementés…

Dans ce cocktail d’émissions par les automobiles, on trouve aussi des  des particules fines. Ces dernières, émises notamment par les véhicules diesels, se logent dans les couches profondes des poumons. Je vous épargne les conséquences sur la santé à moyen et long terme.

Les voitures estampillées écologiques grâce à une « faible » émission de CO2, ne sont généralement pas équipées de filtres à particules dans leur version standard, ce qui en fait les voitures parmi les plus polluantes sur ce plan.

Malgré tout cela, vous toucherez quand même une prime « écologique » parce que votre voiture consomme moins de CO2. La lutte contre le CO2 en devient nocive pour la santé.

Avec des jolis logo verts, on nous dit que nos voitures sont écologiques. Parce qu’elles émettent sensiblement moins de CO2 que leurs consœurs, et parce qu’on oublie les autres rejets dans l’atmosphère. Certes, des efforts sont faits par les constructeurs pour réduire leur impact environnemental. Mais sur le plan du vocabulaire, il existe une tendance à l’abus qui ferait penser que rouler en voiture, c’est écologique.

Bonus « écologique », gamme « éco2 » : on ne se fouterait pas un peu de nos gueules ?

Pour en savoir un peu plus sur ce thème, rendez-vous sur le blog Carfree, avec l’excellent billet L’imposture, une industrie durable, repris du blog PedalEurop.

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