La pression du confort

de | 28 mars 2010

Le supermarché : un symbole de la pression du confort

Si nous devions limiter notre consommation de viande, ne plus allumer systématiquement notre télévision en rentrant du travail ou des cours, ne plus partir en vacances à l’autre bout du monde pour bronzer au bord d’une piscine, arrêter de prendre notre voiture pour aller chercher une baguette, ne plus renouveler chaque année notre garde-robe,  prendre le temps de trier chacun de nos déchets, éteindre les lumières inutiles, arrêter d’utiliser du « jetable »,… serions nous moins heureux ?

L’échec annoncé dans la mise en place d’avancées environnementales tient, en grande partie, au concept de la « pression du confort ». Chaque individu n’est pas prêt à renoncer à quoi que ce soit de ses biens matériels, parce que ceux-ci lui apportent un certain confort, sans lequel l’individu ne s’imagine pas vivre. Quelle est notre aptitude au renoncement ? Un grand nombre de personnes s’accorde à dire qu’il faut changer les mentalités et la façon de voir les choses, mais le renoncement est à géométrie variable ;  souvent, quand on demande à quelqu’unce qu’il fait comme comme « petit geste » pour préserver la planète, la première chose qui ressort est  « je coupe le robinet quand je me brosse les dents« . Ce geste, s’il est louable, ne coûte rien à l’individu, en terme de confort. Même s’il apprécie de regarder couler l’eau pendant le brossage, couper le robinet ne lui fera rien sacrifier.

Et malheureusement, en terme d’impact, ce ne sera rien à côté du fait d’avoir acheté le dernier Iphone, de prendre sa voiture pour le moindre déplacement, ou même… de prendre des bains plutôt que des douches.

Livre la politique de l'oxymoreComme l’explique Bertrand Méheust (non, pas le patron de Canal+) dans son ouvrage « La politique de l’oxymore – Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la réalité du monde », nous sommes en train de nous planter dans la façon d’approcher le problème.

« Ce n’est pas de l’écologie libérale et du « développement durable » que viendra la réponse: ces discours consistent à graver dans l’esprit du public l’idée que l’écologie est compatible avec la croissance et même mieux qu’elle la réclame afin de masquer l’incompatibilité entre la société globalisée dirigée par le marché et la préservation de la biosphère. »

Je consomme (et pollue), donc je suis

Voyager au bout du monde régulièrement,  rouler dans un gros véhicule, posséder toujours les dernières nouveautés high tech… Tout cela ne se justifie pas uniquement par la pression du confort ; cela permet d’afficher un mode de vie qui confère un statut à l’individu dans la société. Preuve en est, par exemple, le succès des chemises arborant un énorme logo montrant bien qu’il s’agit d’une marque prestigieuse (qui commence par « R » et finit par « alph Lauren », pour ne citer que lui).

La reconnaissance sociale, conférée par toujours plus de consommation est un caractère répandu chez l’homme. Cela correspondrait au besoin de reconnaissance et d’estime décrit par Maslow dans la fameuse pyramide des besoins. Cette pyramide des besoins est générale et commune à tous les Hommes…

Maintenant, il s’agirait, non pas de demander au gens de renoncer à une certaine reconnaissance, mais d’utiliser d’autres moyens que l’accumulation de richesses pour générer ce sentiment de reconnaissance. Pourquoi l’accumulation de richesses est une chose auquel un grand nombre de personnes aspire ? Naïvement, on peut souhaiter que la société, pour faire face aux enjeux environnementaux qui nous attendent, reviendra vers un bonheur plus « spirituel » que « matériel ».

Les voilà les deux ennemis de l’environnement : la pression du confort et le besoin de reconnaissance par la consommation à outrance.

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2 réflexions au sujet de « La pression du confort »

  1. flanatle

    hello,
    « Les voilà les deux ennemis de l’environnement : la pression du confort et le besoin de reconnaissance par la consommation à outrance. »

    Une nouvelle consommation pour un confort durable oui!
    personne n’est prêt à perdre un confort de santé, de bien être, alimentaire…
    La pression n’est pas à mettre sur l’individu mais sur l’industriel qui doit adapter ses moyens de productions à des contraintes environnementales.

    « le besoin de reconnaissance par la consommation à outrance. » => Ce n’est pas l’individu qui consomme à outrance, c’est le modèle entier qui est fait pour cela.
    Comment changer les règles du jeu? donner du travail à 6 milliard d’individus dans un nouveau modèle ? voilà les réels questions à se poser.

    « Ce n’est pas de l’écologie libérale et du « développement durable » que viendra la réponse: ces discours consistent à graver dans l’esprit du public l’idée que l’écologie est compatible avec la croissance et même mieux qu’elle la réclame afin de masquer l’incompatibilité entre la société globalisée dirigée par le marché et la préservation de la biosphère. »

    => Une décroissance d’accord, merci les ravages sociaux que cela va entrainer, on l’a vu rien qu’en 2 ans avec l’industrie automobile, que faites vous des familles qui à court terme perdent tout, ne peuvent plus se vêtir, se loger, se soigner? soit le basique de Maslow

    Vous écrivez tout bas ce que beaucoup de gens pensent:  » une grande décroissance humaine et une génération à sacrifier socialement »

  2. Renanito Auteur de l’article

    Je pense qu’il y a deux poids deux mesures : sans revenir à l’âge de pierre, je pense qu’il est temps de se poser des questions sur le superflu. Par exemple, le superflu de nos déplacements ou de notre alimentation, qui sont à eux seuls responsables de plus de 50% des émissions de carbone.
    http://www.linternaute.com/environnement/dossier/emissions-gaz/repartition-emissions.shtml

    D’accord, il n’y a pas que le carbone (il y a les déchets, la pollution des eaux, la misère galopante, …), mais je prends celui ci à titre d’exemple, car c’est aujourd’hui un sujet très médiatisé.

    Il n’est pas question d’abandonner l’essentiel, d’essayer de progresser dans différents domaines afin que le superflu ne soit plus considéré comme essentiel.

    Si nous, Européens, rejettont deux fois moins de dioxyde de carbone par tête que les Américains, à niveau de vie que l’on peut considérer équivalent, alors je crois que c’est possible de le réduire encore (ainsi que nos déchets, notre consommation de viande qui génère indirectement une pollution gigantesque – toxicité des pesticides, pétrole consommé, terre cultivables dédiées à l’alimentation animale, etc).
    Au début des années soixante, l’empreinte écologique du français moyen était de 1: je pense que sans revenir à la vie dans une caverne, il est possible de faire les choses différemment pour minimiser notre impact et « sauver les meubles ».
    http://www.tantmieux.fr/environnement-petits-gestes/

    Au niveau social, cela met biensûr en question le modèle capitaliste dans lequel nous vivons depuis des centaines d’années…
    Il est toutefois fort probable que cela ne se fera pas sans impacts sur le confort de chacun.
    « Une décroissance d’accord, merci les ravages sociaux que cela va entrainer » Le problème existe déjà avec notre merveilleux modèle, avec plus d’un milliard de personnes n’ayant même pas accès à de l’eau potable, des milliards ne mangeant pas à leur faim…

    « Donner du travail à 6 (en fait 7) milliards d’individus dans un nouveau modèle ?  » C’est en effet le sujet sur lequel l’humanité va très prochainement être forcé de plancher, juste après : « Faire en sorte que 7 milliards d’individus puissent se nourrir à leur faim ».

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